Depuis le 1er septembre, le mot d’ordre boycott femmes noires circule sur TikTok, Instagram et Facebook. Le slogan choque par sa formulation, mais le sens est clair : durant tout le mois de septembre, les femmes noires s’engagent à ne pas acheter de mèches, perruques ou produits capillaires, sauf si ces produits proviennent de commerçants noirs.
Ce mouvement, né aux États-Unis, révèle un malaise ancien : les femmes noires dépensent des milliards dans le secteur de la beauté, mais très peu de ces revenus reviennent réellement à leur communauté.
Boycott Femmes Noires : une stratégie économique
Le boycott femmes noires s’attaque à un marché colossal.
Aux États-Unis, les consommatrices noires dépensent plus de 8 milliards de dollars par an en soins capillaires.
En Europe, la diaspora afro injecte environ 4 milliards d’euros annuels, principalement en France, au Royaume-Uni et en Italie.
En Afrique, le Nigeria, l’Afrique du Sud et le Kenya cumulent plus de 10 milliards de dollars annuels.
Pourtant, selon McKinsey et GetReworkd, les entreprises réellement Black-owned ne captent que 2,5 % de ces revenus. Le reste est contrôlé par des chaînes asiatiques, indiennes ou occidentales.
Pourquoi un boycott en septembre ?
Le choix de septembre n’est pas anodin. Sur les réseaux sociaux, des militantes ont lancé des vidéos virales appelant à une pause de 30 jours dans la consommation. Objectifs :
Créer un électrochoc économique en montrant le poids du pouvoir d’achat noir.
Encourager la vérification : acheter uniquement auprès de commerçants réellement noirs.
Promouvoir des alternatives : DIY, échanges communautaires, mise en avant de marques émergentes.
Le mot d’ordre est simple : « Si tu dois acheter, achète noir. Sinon, garde ton argent. »
Afro-Américaines, Afro-Européennes et Africaines face au boycott femmes noires
Le mouvement a commencé aux États-Unis, mais il fait écho ailleurs.
En Europe
En France, le marché des salons afro pèse plus de 2 milliards d’euros, mais les grossistes sont majoritairement asiatiques. Même constat en Italie et au Royaume-Uni : les salons sont tenus par des Africaines, mais la dépendance vis-à-vis de fournisseurs étrangers reste forte.
En Afrique
Le Nigeria est le premier importateur mondial de cheveux humains et synthétiques, pour près de 500 millions de dollars par an. En Afrique centrale, Cameroun et Congo vivent la même réalité : détaillantes locales, mais fournisseurs étrangers dominants.
Un geste économique et politique
Au-delà de la beauté, le boycott femmes noires incarne une volonté de repolitiser l’acte d’achat. Dépenser devient un acte militant. En refusant de nourrir des chaînes qui exploitent leur pouvoir d’achat sans retour équitable, les femmes noires réclament une redistribution.
C’est aussi une réponse à une frustration ancienne :
Les consommatrices noires restent les premières clientes de l’industrie capillaire.
Pourtant, elles sont marginalisées dans les décisions et les bénéfices.
Quels impacts possibles ?
Si le boycott est suivi massivement :
Les grandes chaînes comme Amazon, Walmart ou Ulta pourraient perdre des centaines de millions de dollars en un mois.
Les marques Black-owned, elles, pourraient voir leur chiffre d’affaires bondir de 20 à 30 % selon GetReworkd.
Mais l’effet le plus fort sera symbolique : prouver que les femmes noires savent utiliser leur argent comme levier de transformation sociale.
Vers une économie consciente et durable
Le boycott de septembre n’est pas une fin, mais un départ. Il ouvre une dynamique :
Créer des filières intégrées en Afrique et dans la diaspora.
Financer les entrepreneures noires, souvent exclues du crédit.
Soutenir des marketplaces noires comme Ayira ou Afrikrea.
Demain, cette stratégie pourrait s’étendre à d’autres secteurs : cosmétiques classiques, fast fashion, alimentation.
Le boycott femmes noires met en lumière un paradoxe : celles qui portent le plus l’industrie de la beauté en sont les grandes oubliées. En décidant de suspendre leurs achats, les femmes noires rappellent que chaque dépense peut devenir un acte politique.
La véritable révolution ne viendra pas seulement d’un mois de boycott, mais d’une réorganisation durable : investir, posséder, contrôler. Une économie noire forte et autonome est la prochaine étape.



