Les noirs: ces-grands oublies de la Shoah

créé par sandrine Nguefack
oubliés de la Shoah

En cette Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste, nous avons choisis de porter à la lumière les noirs de cette époque sombre de l’histoire. Ces noirs oubliés de la shoah vivants en Allemagne et partout en Europe.

Au début du XXe siècles, une élite noire issue des colonies, ou des États-Unis où la ségrégation empêche l’accès aux études universitaires vit en Allemagne et ailleurs en Europe où bien qu’admis dans les universités par exemple, leur infériorité affirmée. Ils sont exhibés dans des cirques ou de véritables “zoos humains”. La loi du 14 juillet 1933, sur l’eugénisme, évite toute allusion raciale. Mais il s’agit en réalité de protéger la race aryenne.
À partir de cette période les Noirs sont considérés et proclamés comme des êtres de seconde zone. Officiellement, on ne leur veut officiellement pas de mal, mais, dans les faits, ils sont souvent emprisonnés, maltraités, stérilisés ou assassinés. Le parti nazi en profite pour réclamer un programme systématique de stérilisation des “bâtards du Rhin”, ces Mischlinge nés de l’occupation française (c’est la seule campagne lancée par le parti sur la question noire). La décision finale est prise deux ans plus tard, appliquée seulement en 1937 : il s’agit d’appliquer la stérilisation des jeunes métis du Rhin soit en vertu de la loi de 1933, soit illégalement et en secret sur la base du volontariat. Dans les faits, les mères -allemandes- sont menacées d’être déportées.

Victimes oubliées : les Noirs dans l’Holocauste

La plupart des Noirs étrangers peuvent partir, mais la vie quotidienne devient pour les Noirs allemands un cauchemar. Ils vivent dans la peur, et ne trouvent pas d’emploi. Ils cherchent à s’isoler et dépendent de leur voisinage. Quelques-uns, peu nombreux, collaborent avec le régime, d’autres deviennent des résistants, en Allemagne ou dans l’Europe occupée. Hilarius Gilges, dit Lari, comédien et danseur, membre des Jeunesses Communistes, est assassiné par les nazis dès juin 1933. Le Haïtien Jean Nicholas, résistant en France, est déporté à Buchenwald et à Dora ; Joséphine Baker est la figure la plus connue, qui profite de sa célébrité pour jouer un rôle courageux dans la Résistance.

Les noirs en Allemagne durant la Shoah

Les Noirs, en Allemagne, sont évincés de la compétition sportive. Mais, paradoxalement, le racisme nazi se trouve renforcé par les qualités dans ce domaine des boxeurs ou des coureurs noirs –américains surtout. Hitler n’en quitte pas moins la tribune des Jeux Olympiques de Berlin en 1936 quand le Noir américain Cornelius Johnson remporte la médaille d’or du saut en hauteur…
Le jazz, longtemps méprisé aux États-Unis comme une musique des personnes soumises à esclavage, commence à être diffusé en Allemagne après la Première Guerre mondiale. Cette “musique judéo-négroïde”, selon Goebbels, est rejetée par les nazis, et la plupart des musiciens de jazz étrangers quittent le pays au début des années 30. Mais les nazis doivent souvent composer : le jazz reste populaire dans une partie de la jeunesse allemande et dans les pays occupés. Le seul milieu du spectacle qui reste ouvert aux Noirs est le cinéma, utilisé à des fins de propagande pour exalter la conquête coloniale, ou souligner la dégénérescence des ennemis de l’Allemagne.
Après le début de la guerre en 1939, il n’existe pas de politique officiellement discriminatoire à l’égard des prisonniers, ou des Noirs résidant dans les pays conquis. Mais cela a encore une fois un sens très relatif.
Ainsi les soldats coloniaux de l’armée française sont particulièrement visés. Pendant la campagne de France, les prisonniers noirs sont très souvent immédiatement massacrés. Parmi les survivants, beaucoup, par peur de la “contamination raciale”, sont maintenus dans des camps de prisonniers de guerre, les Frontstalags, en France même. Certains s’échappent, entrent dans la Résistance, et sont déportés.

Dans la désorganisation des années 1944-1945, quand les Alliés pénètrent en Allemagne, les Allemands, civils et militaires, s’acharnent tout particulièrement sur les soldats noirs, GI’s américains ou “tirailleurs sénégalais”.Il est difficile de connaître le nombre des Noirs déportés, car ils ne sont pas répertoriés en tant que tels. On avance parfois le nombre de 30 000, sans que l’on sache sur quels indices. Un certain nombre d’Allemands noirs ont été envoyés dans les camps, dans les pays occupés, d’autres Noirs sont arrêtés et déportés en tant que résistants ou ressortissants d’un pays ennemi. Ainsi, outre Jean Nicholas, déjà cité, le Martiniquais Raphaël Élizé, ancien maire socialiste de Sablé-sur-Sarthe, démis par Vichy, déporté comme résistant à Buchenwald, mort sous un bombardement en février 1945. Ainsi, le militant anticolonialiste surinamien Anton de Kom, arrêté comme résistant aux Pays-Bas, déporté à Sachsenhausen et mort à Neuengamme en avril 1945, ou encore Carlos Grevkey, originaire de Fernando Poo et républicain espagnol, déporté à Mauthausen…

Il n’est pas inutile de situer l’exacerbation du racisme allemand à l’égard des Noirs par rapport aux préjugés coloniaux en Europe, ou à la ségrégation aux Etats-Unis, de rappeler que les Noirs en Allemagne sont dans les années 20 et 30 trop peu nombreux pour tenir la place centrale qui a été celle des Juifs dans les phobies exterminatrices des nazis. Bien des Noirs cependant, allemands de naissance, combattants des troupes coloniales ou américaines, ressortissants des pays occupés, résistants, ont connu des souffrances immenses, stérilisés, réduits à la misère, massacrés sur le champ de bataille, déportés et assassinés dans les camps, et ont été les victimes longtemps oubliées du racisme nazi.

 

En savoir plus sur la fiche de lecture de Jean Claude Halpern CC

COQUERY-VIDROVITCH Catherine, Des victimes oubliées du nazisme. Les Noirs et l’Allemagne dans la première moitié du XXe siècle, Le Cherche Midi, Paris, 2007, 196 p.

Serge Bilé: Noirs dans les camps nazis

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